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Des missions confiées avant que les compétences soient acquises
Les entreprises connaissent leurs déficits de compétences. Cela ne les empêche pas de confier à leurs salariés des tâches qu'ils ne maîtrisent pas. Selon une étude Skillsoft publiée le 15 octobre, 54 % des managers déclarent que des collaborateurs reçoivent fréquemment des missions exigeant des compétences qu'ils ne possèdent pas. Plus préoccupant : 30 % des salariés interrogés ont attendu entre trois et douze mois pour obtenir une aide leur permettant de développer une compétence nécessaire à leur travail. Un sur dix n'a reçu aucun soutien. L'enquête, conduite auprès de 2 000 salariés, managers et dirigeants aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Allemagne, décrit une situation familière aux professionnels de formation. Le besoin apparaît, le travail doit avancer, mais la réponse tarde. Dans un quart des cas, les salariés ne découvrent d'ailleurs leur déficit de compétences qu'après avoir rencontré des difficultés dans l'exécution d'une tâche. Le diagnostic intervient après le problème. Skillsoft met ainsi en évidence un écart entre les compétences disponibles et celles que réclame effectivement le travail. Cet écart interroge la capacité des entreprises à développer les compétences au rythme de leurs besoins.
Vingt ans de course contre la montre
Depuis le début des années 2000, les professionnels de formation cherchent à raccourcir le temps séparant l'expression d'un besoin de la réponse pédagogique. Le e-learning a permis de s'affranchir des contraintes de lieu et de calendrier. La production rapide de modules a réduit les délais de conception. Formation sur mobile, modules courts et plateformes d'expérience d'apprentissage (LXP) ont facilité l'accès aux ressources. L'IA générative accélère aujourd'hui leur production. Les expressions ont changé : time to learn, time to skills, speed to learning, speed to business, puis apprentissage dans le cours du travail. Toutes traduisent une même ambition : rapprocher l'apprentissage du moment où la compétence devient nécessaire. Les progrès sont considérables. Un module qui exigeait plusieurs semaines de production peut désormais être réalisé en quelques heures. Sa diffusion est pratiquement instantanée. Mais produire une ressource, permettre à un salarié d'y accéder et lui faire acquérir une compétence sont trois opérations différentes. Les deux premières ont été profondément accélérées par les technologies. La troisième reste soumise aux exigences de la pratique, de l'expérience et de la maîtrise progressive. Les chiffres de Skillsoft montrent les limites de cette course à la vitesse.
Les métiers n'attendent plus la formation
Cette lenteur a une conséquence que les équipes formation auraient tort de sous-estimer : leurs clients internes ne sont plus captifs. Pendant longtemps, un manager confronté à un besoin devait solliciter le service formation, attendre une proposition, puis inscrire ses collaborateurs dans un dispositif. Ce circuit conserve sa pertinence, notamment pour des compétences réglementaires, techniques ou complexes. Il n'est plus incontournable. Les collaborateurs trouvent eux-mêmes une partie des réponses dont ils ont besoin. Tutoriels, vidéos, communautés professionnelles et échanges entre pairs constituent depuis longtemps des alternatives. L'IA générative leur donne une puissance nouvelle. Elle peut expliquer une procédure, reformuler une notion difficile, accompagner la résolution d'un problème ou simuler une situation professionnelle. Elle peut aussi jouer un rôle de coach : proposer des exercices adaptés, commenter un travail, questionner une décision, guider progressivement l'utilisateur vers davantage d'autonomie. Cette assistance n'est pas toujours fiable. Sa qualité dépend du contexte, des données disponibles et de la capacité du collaborateur à apprécier les réponses obtenues. Mais elle possède un avantage décisif : elle est disponible au moment du besoin. Les métiers peuvent désormais organiser une partie de leurs apprentissages sans solliciter les professionnels de formation. Pour ces derniers, le risque est de devenir périphériques dans les processus réels de développement des compétences.
Réduire le délai d'accès aux compétences, et non aux seuls contenus
Les indicateurs de performance doivent évoluer. Le délai nécessaire pour produire et mettre à disposition une formation reste utile. Il ne dit presque rien du temps nécessaire pour qu'un collaborateur soit effectivement capable de réaliser une tâche avec le niveau de qualité attendu. C'est pourtant ce second délai qui intéresse l'entreprise. Le réduire suppose de détecter les besoins avant qu'ils ne provoquent des erreurs ou des retards. Cela exige une proximité avec les activités et une coopération étroite avec les managers. Il faut ensuite choisir la réponse appropriée. Une ressource de trois minutes peut suffire pour rappeler une procédure. Une assistance contextualisée peut résoudre une difficulté ponctuelle. D'autres compétences exigent un entraînement, un accompagnement humain et des mises en situation répétées. L'IA peut intervenir dans plusieurs de ces configurations, notamment pour individualiser les explications, organiser la pratique ou fournir un premier retour. Elle ne dispense ni de vérifier les acquis ni de mesurer leur transfert dans l'activité. Pour les équipes formation, une autre manière de démontrer leur valeur se dessine : contribuer à réduire le temps pendant lequel l'entreprise ne dispose pas des compétences dont elle a besoin. Cela suppose de mesurer ce délai et d'accepter que les solutions les plus efficaces ne prennent pas toujours la forme d'une formation.
La facture cachée des compétences manquantes
L'étude Skillsoft révèle une conséquence moins souvent comptabilisée : le coût des compétences insuffisantes pour les managers. Ceux-ci doivent expliquer, contrôler, corriger et parfois refaire le travail de collaborateurs insuffisamment préparés. Parmi les managers interrogés, 38 % déclarent consacrer davantage de temps à vérifier les productions de l'IA. Plus généralement, 31 % citent les problèmes de qualité parmi les principales conséquences des déficits de compétences, et 26 % l'augmentation de la charge de travail et l'épuisement professionnel. Ce temps de supervision supplémentaire n'apparaît guère dans les tableaux de bord de formation. Une organisation qui tarde à développer les compétences nécessaires transfère une partie du problème vers l'encadrement. Le coût d'une formation se calcule précisément. Celui des semaines pendant lesquelles les salariés travaillent sans maîtriser leurs missions reste largement invisible.
Source : Skillsoft, étude sur la préparation des salariés aux exigences de leur travail, 15 octobre 2026.
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