Plateforme de formation : fédérer sans uniformiser
Sylvaine Thomas - Penette
group skills & learning lead
rexel
Chez Rexel, groupe international de distribution de matériel électrique, la plateforme SkillUp accompagne le développement des compétences dans une organisation fortement décentralisée. Sylvaine Thomas-Penette, Group Skills & Training Lead, explique comment les équipes locales se sont approprié ce LMS, tout en conservant leur autonomie. Elle revient sur les résultats obtenus, les leviers de cette réussite et les prochaines étapes d'une politique de formation désormais étroitement liée à la gestion des compétences.

Quel rôle SkillUp joue-t-elle dans la construction d'une culture commune chez Rexel ?

Chez Rexel, nous partageons un socle culturel commun, qui constitue un fil conducteur entre les pays. Il repose sur six piliers, notamment l'orientation client, le travail en équipe, le développement des talents et la transition énergétique durable. Notre plateforme de formation groupe, SkillUp, déployée depuis deux ans, contribue à faire vivre cette culture. Son nom est désormais reconnu par les collaborateurs, qui disposent d'un espace commun pour accéder à la formation. SkillUp accompagne les orientations stratégiques du Groupe, mais permet aussi de rendre visibles la diversité de nos métiers et la richesse de nos expertises. Je la vois comme un espace de reconnaissance commun. Dans une organisation internationale et décentralisée, disposer d'un tel point de repère contribue au sentiment d'appartenance.

Comment conciliez-vous cette plateforme commune avec l'autonomie des pays ?

Chez Rexel, nous fonctionnons selon un modèle fortement décentralisé, que nous résumons par 80 % d'autonomie locale et 20 % au niveau Groupe. Cette philosophie se retrouve dans notre approche Learning & Development. Notre rôle n'est pas d'imposer une politique uniforme, mais de donner un cadre et d'accompagner les équipes locales. SkillUp constitue notre socle technologique commun. Tous les pays disposent de la même plateforme et de ressources transverses sur la vente, le management, les compétences techniques ou les produits liés à notre activité. Nous proposons également des contenus sur l'intelligence artificielle et la transition énergétique. Les pays restent libres de les adopter, de les adapter ou de privilégier d'autres parcours. Mon rôle consiste aussi à favoriser la circulation des bonnes pratiques. Je suis convaincue que la réussite d'un LMS international ne repose pas sur l'uniformisation, mais sur cet équilibre entre cohérence globale et responsabilité locale.

Comment encouragez-vous les collaborateurs à utiliser régulièrement SkillUp ?

Nous combinons les communications du Groupe et les relais locaux : campagnes d'e-mails, réseaux sociaux internes, intranet, affichage. Les équipes RH et Learning & Development des pays jouent un rôle essentiel. Nous organisons aussi des temps forts. Lors de notre Cyber Week, un serious game a permis de sensibiliser les collaborateurs à la cybersécurité. Notre Learning Week, consacrée cette année à l'intelligence artificielle, proposait notamment un parcours sur le prompting avec notre outil interne Rexel GPT, ainsi que sur les règles de bon usage de l'IA. Nous avons organisé un concours de prompting et des défis récompensant les collaborateurs ayant terminé leurs parcours. Mais l'essentiel reste l'expérience utilisateur. Pour revenir spontanément, un collaborateur doit trouver rapidement une réponse à un besoin concret. Nous intégrons progressivement de nouvelles fonctionnalités reposant sur l'IA. Les premiers retours sont positifs, même si nous manquons encore de recul pour en mesurer les effets.

Quelle place les managers occupent-ils dans le développement des compétences ?

Leur rôle est essentiel, même si leur implication varie selon les pays. Le développement des compétences s'inscrit notamment dans les entretiens annuels et de développement. Les managers peuvent recommander des formations et suivre les parcours de leurs équipes grâce aux tableaux de bord de SkillUp. Nous voulons aller plus loin. En France, les équipes RH travaillent sur un agent d'intelligence artificielle destiné à aider les managers à identifier les besoins de développement et à rechercher les formations adaptées. Nous souhaitons également mieux identifier les compétences attendues par métier. C'est le sens de l'évolution de ma fonction, qui associe désormais Learning et Skills au niveau Groupe. Une plateforme, aussi riche soit-elle, ne peut à elle seule installer une culture du développement. C'est dans les échanges quotidiens entre le manager et ses collaborateurs que la formation prend toute sa dimension.

Quels résultats observez-vous et que parvenez-vous réellement à mesurer ?

SkillUp est accessible à tous les collaborateurs. Nous comptabilisons en moyenne deux formations e-learning par collaborateur et par an. Le taux de complétion des formations obligatoires dépasse 90 %. Notre ambition est d'atteindre 30 heures de formation par collaborateur en 2028. En 2025, nous avons enregistré 25,30 heures et 85,9 % de l'effectif total a bénéficié d'une formation. Notre enquête annuelle montre aussi que 75 % des collaborateurs estiment que Rexel contribue à leur développement professionnel. Pour autant, nous mesurons encore insuffisamment l'acquisition des compétences, leur mise en pratique et leur contribution à la performance ou aux évolutions de carrière. Nous voulons mieux rapprocher les données de SkillUp de celles de notre SIRH et de nos outils de recrutement. Ma plus grande satisfaction reste l'appropriation de la plateforme par les équipes Learning & Development des pays, deux ans après son déploiement.

Avec le recul, quels facteurs expliquent cette appropriation et quels conseils donneriez-vous ?

Un facteur déterminant a été le caractère collégial du choix de Docebo. Les équipes Learning & Development des différents pays ont été associées à l'évaluation de la solution, ce qui a favorisé leur adhésion et facilité son appropriation. La simplicité d'utilisation et la flexibilité de la plateforme ont également joué un rôle essentiel, chaque pays pouvant adapter son environnement à ses besoins. Pour accompagner cette dynamique, nous animons notre communauté Learning & Development à travers deux rendez-vous mensuels et un séminaire annuel, consacrés au partage des bonnes pratiques, aux projets communs et aux évolutions de la plateforme. Je retiendrais trois enseignements : associer les équipes locales dès le départ, leur laisser une réelle autonomie dans l'utilisation de la solution et maintenir l'accompagnement dans la durée. Dans une organisation décentralisée, la fonction Learning & Development Groupe doit avant tout adopter une posture de Business Partner : influencer, faciliter, fédérer et partager plutôt que prescrire.