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La promesse ne tient plus
Le travail a longtemps porté une promesse simple : avancer. Apprendre. Se transformer. Cette promesse n'a certes pas disparu, mais elle se délite. Dispositifs et investissements ne manquent pas. Confère : les plateformes fonctionnent, les parcours s’enchaînent. Mais l’expérience vécue ne suit plus. Le salarié ne relie plus clairement ce qu’il fait à ce qu’il devient. Il produit. Il s’adapte. Il absorbe… sans plus se projeter véritablement dans une trajectoire. Si la formation reste présente, la progression disparaît du ressenti, ce qui installe une tension sourde difficile à capter dans les indicateurs classiques, mais immédiate dans ses effets.
Rester sans horizon
La chute de confiance dans le marché de l’emploi verrouille la situation. Les salariés ne partent pas (voient-ils encore où aller ?), l’immobilité s’impose sans rien de paisible, car elle est largement contrainte. Le poste devient un point d’ancrage sans perspective. On conserve. On sécurise. On attend. Ce rapport au travail change tout. L’engagement en prend un coup, il se fige parce que les opportunités se raréfient. Sans projection, moins de dynamique ; le travail ne structure plus un mouvement, il se contenter d'occuper un espace. Dans ce contexte, une autre voie progresse : le départ vers le travail indépendant. Un nombre croissant de salariés, notamment parmi les seniors, quittent l’entreprise pour devenir free-lance. Le mouvement peut donner l’impression d’une reprise en main. Il masque souvent une autre réalité. Le marché du freelance se tend, la concurrence s’intensifie, les revenus deviennent plus incertains. L’autonomie ne garantit pas une trajectoire. Elle déplace le problème. Là encore, la promesse de progression reste fragile. (Combien de responsables de formation, déjà bien avancés dans leur carrière, ont fini par franchir ce pas ? Un nombre conséquent d'après nos constats… ce qui n'est pas sans poser le problème de la viabilité de cette solution.)
Le cœur décroche
Le phénomène ne touche pas les marges. Il frappe le cœur. Les jeunes diplômés, censés porter la mobilité et l’apprentissage, expriment le plus fort pessimisme. Attente élevée, retour d’expérience anémique. Idem dans les environnements publics, où le sentiment de progression recule nettement. Ces signaux ne relèvent pas d’un effet conjoncturel ; ils indiquent au contraire un désalignement plus profond. On retrouve ici un mécanisme décrit par Peter Turchin : celui d’une surproduction d’élites confrontées à un manque de débouchés réels. Trop de profils qualifiés pour un nombre limité de positions perçues comme légitimes ou porteuses. L’ascenseur ne disparaît pas. Il ralentit, puis se bloque. La frustration ne tient pas à l’absence de compétences mais à celle d'une trajectoire crédible. Ce déséquilibre alimente une tension silencieuse. Les catégories sur lesquelles reposent les transformations se désengagent intérieurement. Sans rupture visible. Mais avec un impact durable.
Former sans déplacer
La fonction formation a progressé. Accès simplifié. Parcours personnalisés. Contenus enrichis. IA intégrée. Les systèmes délivrent ! Les indicateurs d’activité sont bons. Mais une question est mise sous le boisseau : l’apprenant perçoit-il un déplacement réel ? Pas une acquisition ponctuelle. Un déplacement. Rarement traité, ce point échappe aux métriques traditionnelles. Or c’est là que se joue la bascule. Le salarié peut apprendre sans jamais ressentir qu’il progresse. Il peut même développer des compétences qu’il n’aura pas l’occasion de mettre en œuvre (une compétence a vocation à entrer en action, à s'exprimer sous la forme d'un niveau de performance, sauf à s'éroder comme potentiel inutilisé). Il peut consommer des contenus sans modifier son rapport au travail. La formation produit de l’activité. Elle ne garantit plus une transformation perçue.
Remettre du mouvement, sinon rien
Il ne s'agir pas de résoudre le problème par une accumulation de modules incapable, on le sait, de créer du sens (trajectoire). Il faut réancrer l’apprentissage dans le travail lui-même. Au point de contact avec l’action, là où se joue l’utilité immédiate et la progression devient visible. Cela suppose un mouvement net : sortir d’une logique de cataloguen réduire la distance entre apprendre et faire, donner à voir les effets. Sans délai ni abstraction. Le recul du sentiment de progression n’est pas un sujet périphérique. Il touche directement l’exécution. Un salarié qui ne perçoit plus de progression décroche plus vite, s’absente davantage… et se projette ailleurs dès qu’une ouverture apparaît. À l’inverse, lorsque la progression est tangible, l’engagement se stabilise, la contribution aussi. Aucun indicateur ne signale un choc. Tout fonctionne. C’est précisément le problème. L’érosion ne déclenche pas de réaction. Elle s’accumule. Jusqu’à produire un effet de seuil. Le travail continue. Mais il ne transforme plus.
Source : Gallup – étude Worker Thriving Declines as Job Market Pessimism Grows
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