2015 : année de transition pour la formation
Marc Dennery
co-fondateur et directeur associé
c-campus
La Réforme de la formation professionnelle sera ce que les responsables et les professionnels de formation - offre, demande, OPCA… - en feront ; point de vue de Marc Dennery, Directeur associé de C-Campus et contributeur régulier de e-learning Letter.

La Réforme de la formation professionnelle telle que tu la vois se dessiner notamment par les derniers décrets d’application : une réformette ?

Marc Dennery : La réforme de la formation 2014 « n’est pas une réformette, mais une grosse réforme », comme l’a dit Pierre Gattaz, Président du Medef. Les changements sont profonds et l’onde de choc va se prolonger plusieurs années. Pour les entreprises, les trois changements majeurs sont, sans nul doute, la fin de l’imputabilité, l’obligation de formation liée à l’entretien professionnel et l’orientation de l’effort des co-financements vers les formations certifiantes. Vous noterez que je n’ai pas indiqué le CPF, car il s’agit d’un dispositif qui est loin d’être abouti et qui va profondément évoluer dans les mois et années à venir. En l’état actuel, le CPF est une régression par rapport au DIF.

Quels sont les principaux décrets d’application parus jusqu’à présent ?

Marc Dennery : Les décrets et arrêtés les plus importants sont maintenant publiés ; il reste encore à paraître ceux sur le socle commun de compétences et sur la qualité en formation. Mais cela ne veut pas dire que le nouveau cadre réglementaire est totalement opérationnel. Loin s’en faut ! L’année 2015 sera une année de transition au cours de laquelle les dispositifs vont se mettre progressivement en place. On attend avec impatience les accords de branche et d’entreprise, les prises de position des OPCA sur les co-financements et leurs offres de service, certaines décisions du CNEFOP et bien sûr les mises à jour des listes CPF et la première version de l’inventaire. Bref, les responsables de formation vont naviguer à vue dans les mois à venir et cela risque de ralentir la mise en œuvre de la réforme.

La réforme officialise-t-elle le Digital Learning comme une composante à part et entière de la formation ?

Marc Dennery : La loi du 5 mars 2014 va indirectement favoriser le développement du digital learning. Elle signe la fin du « stage-modèle unique de formation ». Deux raisons essentielles à cela. D’une part, la suppression de l’obligation fiscale, et par conséquent, la fin des règles d’imputabilité. Les entreprises n’auront plus à « stagifier » pour faire entrer leurs actions de développement dans les fourches caudines de la formation professionnelle. D’autre part, l’équation insoluble du CPF : formation certifiante avec seulement 150 heures au compteur. Entreprises et OPCA vont devoir imaginer d’autres formes de formation que le présentiel pour résoudre cette équation. Le Digital Learning sera l’un de ces formats au même titre que la formation rapprochée (mentorat, tutorat, binomage de compétences, groupes de partage de bonnes pratiques, ateliers de co-développement, etc.).

Reste à savoir à quelle vitesse ces nouveaux formats vont remplacer le stage. Tout dépendra des réponses apportées à la question de la qualité en formation. Un décret est en préparation, mais visiblement sa première version ne fait pas l’unanimité.  Les OPCA vont également jouer un rôle déterminant dans ce domaine en fixant leurs propres critères de prise de charge. S’ils adoptent une position pro-active, comme c’est le cas aujourd’hui dans certaines Régions, ils pourraient contraindre les organismes de formation à fournir des prestations de type blended learning avec un critère minimal d’heures de formation digitale. La loi ne dit pas tout et ne fera pas tout. Ce sont les acteurs de la formation : OPCA, organismes de formation, entreprises, bénéficiaires… qui ont les cartes en main et qui doivent accélérer le mouvement. Le cadre légal n’est plus aujourd’hui un obstacle.

Les entreprises auront-elles besoin d’accompagnement pour se mettre en conformité avec la nouvelle réglementation ?

Marc Dennery : L’accompagnement que nous délivrons actuellement chez C-Campus est aussi important que celui que nous avions réalisé, il y a dix ans, à l’occasion de la réforme de 2004. Les entreprises doivent d’abord saisir à la fois les risques à éviter et les opportunités à saisir. Pour cela, il y a un important travail d’appropriation à faire. Ensuite, elles doivent gérer la réforme comme un projet majeur de transformation de la fonction formation. Cela passe par une réflexion sans tabou ni idées pré-conçues sur des sujets clés, notamment : le lien stratégie formation / démarche GPEC ; les formats pédagogiques à privilégier (du Digital Learning et de la formation rapprochée : quand ? pour qui ? pourquoi ? comment ?) ; l’évaluation de la formation (comment mettre en place une démarche systématique de contrôle de l’effort de formation ?) ; l’organisation de la fonction formation elle-même (quelle chaîne créatrice de valeur imaginer entre OPCA / organismes de formation / services et écoles de formation internes / management / formateurs et tuteurs occasionnels ?)…

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