Les effets de la réforme de la formation – épisode 4 – les formateurs vont changer de métier
Après l’impact de la réforme sur les apprenants, les DRH et les services de formation, puis les organismes de formation, on ne pouvait laisser de côté les formateurs. Leur métier devrait se transformer en profondeur car la réforme ne fera qu’accélérer les mutations actuelles : la digitalisation et l’individualisation de la formation. Ils exerceront davantage en entreprise qu’en organisme de formation et deviendront de véritables E-Formateur ou coach technique.
Moins de formateurs externes, plus de formateurs internes

L’effet premier de la réforme est d’amener les entreprises à sortir de la logique de la formation conventionnée. La formation externe prise en charge par les fonds mutualisés des OPCA va sensiblement diminuer.

Libéré de la contrainte fiscale, les entreprises vont revenir aux modalités pédagogiques qui prévalaient au cours des “Trente glorieuses“ : Formation au poste de travail ou O.J.T, démultiplication interne, école interne…

Conséquence : elles vont ré-internaliser la fonction formation. Nous sommes prêts à prendre le pari que le formateur des années 2025 sera un formateur interne, salarié ou travaillant en priorité pour une entreprise donnée. Il ne restera dans les organismes de formation que des concepteurs, des référents ou coachs techniques ou des animateurs de haut vol. La réforme n’est pas la seule à faire son effet dans ce domaine. Les impacts conjugués des MOOC, des objets connectés et des plateformes d’aides en ligne de plus en plus sophistiquées y contribueront tout autant.

Du formateur au E-Formateur

Le formateur sera donc interne. Mais que fera t-il au sein de son entreprise ? Animera t-il encore des stages ? Probablement pas. La réforme de 2014 devrait sonner le glas du format stage. Nous en avons l’intime conviction. Nous l’annoncions déjà il y a 10 ans, à la suite de la réforme de 2004. Reconnaissons que le stage a bien résisté, mais il a été fortement ébranlé : généralisation du e-learning, développement du blended learning, émergence de nouvelles pratiques (MOOC, COOC, SPOC, Crowd Learning, Local Training…).

S’il n’est plus animateur de stage, quelles missions pourra t-il remplir pour éviter d’aller pointer à Pôle Emploi comme l’on fait les ouvriers sidérurgiques, les disquaires ou libraires ou le feront les futurs-ex taxis, visiteurs médicaux ou caissières… ? Le métier de formateur des années 2020 sera davantage d’accompagner des individus apprenants que d’animer des groupes en formation. Il exercera beaucoup moins ses fonctions de formalisation et de transmission du savoir et privilégiera 7 fonctions essentielles d’accompagnement :

• Aide au positionnement ou mise à dispositif d’outils d’auto positionnement
• Aide à l’élaboration des objectifs d’apprentissage ou de développement des compétences
• Conseil dans le choix des activités apprenantes auprès des apprenants mais également des managers des apprenants
• Fléchage vers les ressources pédagogiques disponibles sur les plateformes de e-learning et demain les plateformes de MOOC ou plus globalement sur la toile (chaîne You Tube, site de conférences tels que TEDx, blogs professionnels…)
• Aide à la planification de l’apprentissage pour permettre aux apprenants qui ne sont pas dotés de capacités d’auto-direction de réussir leur apprentissage
• Entretien de la motivation pour éviter les abandons trop nombreux dans toutes les modalités de formation digitales (e-learning, rapid e-learning, MOOC…)
• Feed back sur la progression pour donner confiance et si besoin orienter ou ré-orienter vers les objectifs pédagogiques pertinents (évaluation formative), ou pour certifier, habiliter, qualifier… (évaluation sommative).

Le métier classique de formateur est sans nul doute en danger. Mais la demande en développement des compétences est telle qu’il restera toujours du travail pour les professionnels de l’accompagnement pédagogique et de l’évaluation. Le changement de métier pourrait être radical pour les formateurs. Reste que leur métier futur de coach technique ou référent pourrait être beaucoup plus valorisant (constat des progrès de ses apprenants) et plus facile à exercer (relation individuelle, télétravail…) que leur métier actuel d’animateur de groupe en formation.

Marc Dennery
Marc Dennery
co-fondateur et directeur associé
c-campus
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