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Anthropic met 100 millions sur la table
Former 10 000 ingénieurs d’ici fin 2027 : l’objectif affiché par Anthropic donne la mesure de ses ambitions. La Claude Frontier Academy, lancée début octobre, entend préparer des Frontier Deployed Engineers, des spécialistes chargés de traduire les possibilités de l’IA en applications opérationnelles. Les premières promotions accueillent notamment des collaborateurs d’Accenture, Capgemini, Bain, Deloitte, McKinsey, Morgan Stanley et Novo Nordisk. Le dispositif prévoit une immersion de plusieurs jours auprès des ingénieurs d’Anthropic, suivie de douze semaines de travail sur un projet réel dans l’entreprise, avec accompagnement technique et évaluation finale. Il s’agit de former des professionnels capables de déployer Claude dans des environnements complexes, et pas seulement d’en maîtriser les fonctionnalités. Cette initiative prolonge une stratégie engagée en mars avec le Claude Partner Network, lui aussi soutenu par un engagement initial de 100 millions de dollars. Selon Anthropic, plus de 175 000 certifications Claude ont déjà été délivrées à des professionnels appartenant à 46 000 entreprises. Le réseau prend de l’ampleur, même si ces chiffres ne disent rien encore des résultats des déploiements.
Une vieille recette des éditeurs de logiciels
SAP, Oracle, Microsoft et bien d’autres ont depuis longtemps bâti leur développement sur des réseaux de consultants, d’intégrateurs et de formateurs certifiés. Leurs académies et leurs programmes de certification alimentent un marché dans lequel la formation contribue directement à la diffusion des solutions. Le mécanisme est connu : plus un éditeur dispose de professionnels capables d’installer, de paramétrer et d’exploiter ses produits, plus il peut étendre sa clientèle. Les partenaires trouvent dans les certifications un moyen de faire reconnaître leur expertise et de développer leurs propres prestations. Anthropic applique ce modèle à l’IA générative, avec une particularité : la valeur de Claude dépend largement de son intégration dans des activités professionnelles dont les règles, les données et les contraintes diffèrent d’une entreprise à l’autre. Maîtriser l’outil ne suffit pas. Il faut comprendre les métiers, identifier les processus à modifier, organiser les contrôles et accompagner les utilisateurs. L’éditeur a d’ailleurs structuré son réseau en plusieurs niveaux, selon le nombre de professionnels certifiés, les déploiements réalisés chez les clients et les références obtenues. La formation devient un critère d’accès à son écosystème commercial.
Les ESN ont une longueur d’avance
Accenture, Capgemini et les grands cabinets de conseil disposent d’un atout qu’Anthropic ne peut acquérir rapidement : leur connaissance des entreprises clientes, de leurs systèmes d’information et de leurs processus métiers. Cette proximité explique leur place dans le programme. Dans une banque, un groupe industriel ou une entreprise de services, l’intégration de l’IA suppose de composer avec des applications existantes, des obligations réglementaires, des responsabilités opérationnelles et des habitudes de travail parfois anciennes. Les ESN interviennent déjà sur ces différents terrains. Leur rapprochement avec les fournisseurs d’IA ouvre des perspectives commerciales importantes. Elles peuvent proposer une prestation continue, depuis l’identification des cas d’usage jusqu’à l’intégration technique, la formation des équipes et l’accompagnement des transformations organisationnelles. Cette évolution n’est pas nouvelle pour Accenture. En 2024, son acquisition d’Udacity témoignait déjà de sa volonté de rapprocher conseil technologique et développement des compétences. Avec Anthropic, cette convergence prend une dimension supplémentaire : les ESN deviennent également des relais de diffusion des modèles d’IA. Leur avantage pourrait toutefois devenir une dépendance. À mesure qu’elles investissent dans les certifications et les compétences propres à Claude, elles renforcent leur position auprès de leurs clients, mais aussi leur engagement dans l’écosystème d’un fournisseur particulier.
Quelle place pour les organismes de formation ?
L’émergence d’un réseau de partenaires certifiés pourrait ouvrir un marché aux organismes de formation. Les précédents SAP et Oracle montrent qu’un éditeur peut favoriser le développement d’une offre portée par des acteurs indépendants ou agréés. Rien ne garantit cependant qu’Anthropic suivra exactement cette voie. Son programme vise aujourd’hui principalement des ingénieurs expérimentés, chargés de déployer des solutions. Les besoins des entreprises sont beaucoup plus larges. Managers, fonctions support, commerciaux, juristes ou professionnels des ressources humaines devront apprendre à utiliser des systèmes intégrant l’IA, à en apprécier les résultats et à adapter leurs pratiques. Une partie des compétences attendues concerne l’analyse des processus, le contrôle des productions de l’IA, la coopération entre humains et systèmes automatisés ou encore la conduite du changement. Autant de domaines dans lesquels des organismes de formation disposent déjà d’une expérience. Les ESN pourraient intégrer ces prestations à leurs contrats de transformation, laissant aux OF indépendants une place de sous-traitants. Des organismes capables d’associer expertise pédagogique, connaissance sectorielle et maîtrise des outils pourraient néanmoins devenir des partenaires recherchés. Le partage de ce marché dépendra de la capacité des différents acteurs à démontrer leur contribution aux résultats opérationnels des entreprises.
Conséquences pour les directions formation
Si les fournisseurs d’IA et les ESN prennent en charge une part croissante du développement des compétences, ils pourraient aussi peser davantage sur la définition des besoins, les référentiels et les modalités d’évaluation. Cette évolution présente des avantages. Les partenaires technologiques disposent d’une expertise difficile à maintenir en interne, notamment lorsque les modèles et leurs fonctionnalités évoluent rapidement. Ils peuvent également rapprocher la formation des projets réels, ce qui constitue une réponse à la difficulté récurrente de transférer les apprentissages dans le travail. Les directions formation devront toutefois distinguer les compétences liées à un outil de celles qui restent utiles indépendamment du fournisseur. Une certification Claude peut attester une expertise technique précieuse ; elle ne garantit pas, à elle seule, la capacité d’une équipe à repenser ses méthodes de travail ou à exercer son jugement face aux productions de l’IA. La question des partenariats, déjà abordée dans Le Digital Learning au feu des stratégies de partenariat, prend ici une importance particulière. Les directions formation devront travailler plus étroitement avec les DSI, les directions métiers et les achats pour conserver une vision d’ensemble des compétences à développer. Anthropic investit dans la formation parce que la disponibilité de professionnels qualifiés conditionne la diffusion de Claude. Accenture, Capgemini et leurs concurrents y voient un prolongement de leurs activités de conseil et d’intégration. Quant aux directions formation, elles pourraient voir une partie du développement des compétences leur échapper, intégrée à des contrats négociés directement entre fournisseurs, DSI et directions métiers. Au risque de se retrouver chargées de coordonner des dispositifs qu’elles n’auront pas contribué à définir.
Source : Anthropic, Claude Frontier Academy, 2 octobre 2026
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