e-learning ou Digital Learning ?
E-learning ou Digital Learning… Simple querelle sémantique ? A moins que ce soit un signe : le e-learning vieillissant ne suffirait plus à rendre compte du foisonnement introduit par le digital dans la formation professionnelle…
Le e-learning, les utilisateurs en auraient soupé ! Aussi il faut se mettre à leur place : comment trouver un agrément à ces interminables films d’écran aux débuts standardisés (« Vous allez apprendre à… Pour passer d’un écran à l’autre, appuyez sur… », etc.) et dont la fin est connue d’avance : un quizz arbitraire, approximatif, pour vérifier quoi au juste ? Le tout, plein de bonnes intentions : mascotte, couleurs, animations variées… Il aura fallu une dizaine d’années pour réunir, en quantité et en qualité, les compétences nécessaires à la production de ce type de média, des compétences qui risquent d’être obsolètes avant longtemps, car les apprenants veulent passer à d’autres formats.
 
Certes les modules ont réduit de durée, et dans des proportions qu’on n’imaginait pas - d’une heure à dix minutes, voire moins. Le cinq minutes maximum devrait se généraliser… Coexistence délicate à gérer avec les vieux patrimoines e-learning. Cette durée écourtée répond mieux à la capacité de concentration moyenne du salarié en auto-formation (a fortiori s’il consomme le contenu sur son Smartphone), elle s'inscrit plus facilement dans le flux de ses tâches, ce qui n'est pas un mince avantage… Aucune critique là-dedans, ou bien il faudrait faire celle de l’accélération générale des choses, et pas seulement des apprentissages numériques. Montée en puissance du format vidéo : c’est un autre fait marquant des deux dernières années. Les entreprises commencent à s’aviser que la production d’une vidéo coûte cinq à dix fois moins cher qu’un module e-learning traditionnel (moitié moins qu’un rapid learning) et que les compétences requises sont à leur portée. Surtout elles se rendent compte que les apprenants accrochent. Et l’heure est à la prise sur le vif, à la mini caméra-stylo ; non aux mises en scène qui reproduirait les travers du e-learning scénarisé.

Ce qu’on voit à l’oeuvre dans les nouveaux apprentissages numériques, c’est une prise de pouvoir « soft » des salariés, décidant de ce qui leur convient… ou pas. Les départements formation et leurs prestataires auront beau dérouler le meilleur du marketing et de la conduite du changement : si le « produit » déçoit, les apprenants n’y reviendront pas. Au reste, la prochaine étape est écrite : de même que l’internaute actif (notant, commentant, publiant, partageant) a émergé voici plusieurs années avec le Web 2.0, l’apprenant 2.0 utilisera son Smartphone, le LMS social de l’entreprise, son réseau social pour produire et diffuser des savoirs d’autant plus pertinents qu’ils collent à la réalité du terrain. Redoutable défi pour les formateurs et le concepteurs pédagogiques : ils n’ont plus l’exclusivité de la médiatisation des savoirs ! (Un défi qui s’ajoute à celui de l’étiolement des activités d’animation présentielle).

On en est donc à la croisée des chemins, et l'on commence à entrevoir ce qui marche ou pas. Le e-learning scénarisé semble à bout de souffle, qu’il soit joué seul ou en juxtaposition avec du présentiel… Le rapid learning donne la main aux départements formation, et offre de considérables économies, mais les apprenants le boudent souvent… Le serious game n’a pas décollé (un marché d’une vingtaine de millions d’euros, après 5 ans, est-ce un marché ?) et l’on voit mal comment adapter ses lourds et complexes processus de conception aux rythmes effrénés qui s’imposent à la formation… La classe virtuelle fait son chemin, sûrement, lentement, en marge des « conference calls » et autres Web conferences…

Ce qui frappe, c’est la multiplicité des médias et de leurs possibles combinaisons, et la relative pauvreté de leur mise en oeuvre en entreprise. Ce qui frappe aussi, c’est la difficulté d'accepter ce qui saute aux yeux : le Web social remodèle profondément les attentes des apprenants, toutes générations confondues, et la façon dont ils s’engagent dans leurs apprentissages… Mais sur le socle solide des grands principes de l’andragogie.

La réussite des nouveaux apprentissages numériques est suspendue à ce dessin : mettre le design et les modes de consommation qui prévalent sur le Web au service des besoins de formation des salariés et des métiers. La vidéo, le social learning, ces vastes catalogues de ressources adressables depuis son PC ou ses terminaux mobiles (à la mode MOOC) sont  à l’ordre du jour. Ce qu’on pourrait qualifier de Digital Learning, lequel, pour faire bonne mesure, englobe aussi ce qui l’a précédé… On parlera sans doute moins de e-learning !

Michel Diaz