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64 % utilisent déjà l’IA : le travail n’a pas attendu la formation
Deux salariés sur trois ou presque : 64 % des 49 364 actifs interrogés dans 48 pays et 29 secteurs par la Global Workforce Hopes and Fears Survey 2026 de PwC déclarent avoir utilisé l’IA au travail au cours des douze derniers mois. Dix points de plus qu’un an auparavant. L’usage quotidien de l’IA générative, lui, est passé de 14 % à 22 % en un an et 59 % des répondants pensent utiliser encore davantage ces outils dans les douze prochains mois. La transformation n’est donc plus seulement annoncée dans les conventions d’entreprise ou les feuilles de route : elle se déroule au poste de travail. Les salariés essaient, tâtonnent, trouvent leurs usages. Le phénomène du « Bring Your Own AI » en est une manifestation : l’IA entre dans l’entreprise accompagnée de pratiques que les salariés ont souvent apprises seuls.
La formation, elle, perd huit points
Voilà le chiffre qui devrait faire sursauter les Directions Formation : 51 % seulement des salariés interrogés estiment avoir accès aux ressources de Learning & Development dont ils ont besoin, contre 59 % un an auparavant. Et moins d’un sur deux, 49 %, dit comprendre les compétences dont il aura besoin à l’avenir. Difficile de ne pas rapprocher ces chiffres de deux autres résultats de l’étude : 88 % des salariés disent avoir mobilisé de nouvelles compétences au cours des douze derniers mois et 64 % ont dû apprendre à utiliser de nouveaux outils ou de nouvelles technologies, au moins dans une certaine mesure. C’est un drôle de croisement : le besoin d’apprendre augmente, l’apprentissage se produit effectivement, mais l’accès déclaré aux moyens organisés pour se développer diminue. La formation n’a pas cessé ; une partie d’entre elle semble simplement se passer ailleurs.
Le salarié apprend-il désormais plus vite que l’entreprise ne le forme ?
L’IA rend ce décalage particulièrement visible. Un salarié découvre un outil le matin, le teste sur une tâche l’après-midi, récupère deux ou trois astuces auprès de collègues, recommence le lendemain. Quelques semaines suffisent parfois pour modifier une pratique de travail. La formation, elle, suit un autre tempo : identifier le besoin, décider d’une réponse, la concevoir, la déployer. Quand elle arrive, ses destinataires ont quelquefois déjà parcouru une bonne partie du chemin. Apprendre seul par essais et erreurs produit pourtant son lot de mauvaises habitudes, d’approximations et de risques. La fonction formation ne devient donc pas inutile ; elle change de point d’entrée. Elle n’est plus nécessairement celle qui déclenche l’apprentissage. Elle peut avoir à rejoindre un apprentissage déjà commencé, à trier ce qui fonctionne de ce qui fonctionne mal, à consolider des pratiques apparues sans elle. Le BYOAI pouvait prendre la formation de vitesse ; les chiffres de PwC donnent une autre épaisseur à cette hypothèse.
Du temps pour apprendre
PwC glisse parmi ses recommandations une prescription qui pourrait sembler banale : protéger du temps pour apprendre plutôt que d’ajouter l’apprentissage aux tâches quotidiennes. La banalité même du conseil devrait inquiéter. Les entreprises investissent dans des technologies capables de produire en quelques secondes une réponse, un résumé, une analyse, bientôt d’exécuter une partie du travail ; elles n’ont toujours pas résolu la question beaucoup plus ancienne du temps nécessaire pour apprendre. Aucun catalogue enrichi par l’IA, aucun assistant pédagogique disponible vingt-quatre heures sur vingt-quatre ne règle ce problème. Rendre le savoir instantanément disponible et donner à quelqu’un la possibilité de se l’approprier sont deux choses différentes. Dans des journées déjà pleines, le risque est même de voir l’apprentissage promis « dans le flux du travail » devenir un apprentissage en plus du travail.
Le vrai danger : arriver après la bataille
Le danger n’est pas nouveau. Le Digital Learning avait déjà commencé à desserrer le lien entre apprendre et « aller en formation ». Puis les plateformes, les moteurs de recherche, la vidéo et les ressources disponibles à la demande ont donné aux salariés une autonomie croissante dans leurs apprentissages. L’IA fait aujourd’hui franchir un nouveau seuil : il n’est même plus nécessaire de chercher longtemps la bonne ressource, puisqu’une réponse peut surgir dans l’outil de travail lui-même, au moment où le besoin apparaît. « La formation change de terrain » ; elle doit surtout apprendre à le faire beaucoup plus vite. Jamais la vitesse d’apprentissage n’a autant conditionné la vitesse de transformation de l’entreprise. Attendre d’avoir parfaitement identifié le besoin, conçu la réponse et organisé son déploiement peut désormais conduire à intervenir quand les salariés ont déjà inventé leurs propres solutions. La fonction formation doit donc repérer ce qui s’apprend déjà, accélérer ce qui fonctionne, corriger ce qui fonctionne mal et réserver du temps aux apprentissages qui ne se règlent pas en trois prompts. Le recul mesuré par PwC prend alors un autre sens : la formation ne disparaît pas, mais elle risque d’arriver trop tard.
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