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Bruxelles change officiellement ChatGPT de catégorie
La décision pourrait passer pour une péripétie réglementaire dans les relations entre Bruxelles et les géants du numérique. Elle dit pourtant quelque chose de très concret sur nos usages. Le 31 août 2026, la Commission européenne a désigné ChatGPT comme « Very Large Online Search Engine » (VLOSE), un très grand moteur de recherche en ligne au sens du Digital Services Act. OpenAI a déclaré 159,1 millions d’utilisateurs actifs mensuels moyens dans l’Union européenne pour la fonction de recherche de ChatGPT, très au-dessus du seuil de 45 millions prévu par le DSA. OpenAI dispose maintenant de quatre mois pour satisfaire aux obligations supplémentaires liées à ce statut, notamment en matière d’évaluation et de réduction des risques systémiques, de transparence et d’accès aux données pour les chercheurs. Bruxelles ne décrète pas que ChatGPT a remplacé Google. Elle constate que son usage comme moyen d’accès à l’information a atteint une ampleur suffisante pour justifier son classement parmi les très grands moteurs de recherche. Le changement juridique prend acte d’un changement d’usage beaucoup plus rapide qu’on ne l’imaginait encore récemment.
Chercher était déjà une manière d’apprendre
Pour le Learning & Skills, le phénomène n’est pas nouveau. Dès juillet dernier, e-learning Letter relevait que Google transformait chaque recherche en apprentissage : avec les réponses structurées et conversationnelles de ses moteurs d’IA, chercher une information commençait déjà à se confondre avec le fait de l’expliquer et de l’apprendre. Le nouveau statut accordé à ChatGPT par Bruxelles apporte aujourd’hui un élément supplémentaire. Une grande partie de l’apprentissage informel commence précisément par une recherche. Face à une notion mal maîtrisée, une procédure inconnue, une difficulté technique ou une situation professionnelle nouvelle, le collaborateur s’inscrit rarement d’abord à une formation. Il cherche une réponse. Hier, il ouvrait Google, consultait l’intranet, interrogeait un collègue ou parcourait les ressources disponibles. Aujourd’hui, il peut demander directement à une IA de lui expliquer le problème, de comparer plusieurs solutions ou de l’aider à comprendre une méthode. Il peut ensuite poursuivre l’échange jusqu’à obtenir une réponse adaptée à sa situation. Le moteur d’IA ne retrouve donc plus seulement l’information. Il la sélectionne, la synthétise, l’explique et la contextualise. Chercher, comprendre et apprendre commencent à se confondre. La progression des moteurs d’IA face aux moteurs de recherche traditionnels concerne ainsi directement la formation, puisqu’elle déplace l’un des principaux points d’entrée vers le savoir.
La division du travail avait tenu vingt-cinq ans
Le digital learning s’est développé sur une répartition des rôles relativement stable. Google et les autres moteurs cherchaient sur le Web. Les intranets et moteurs internes donnaient accès aux informations de l’entreprise. Les bibliothèques de contenus proposaient leurs ressources. Le LMS organisait la formation, distribuait les parcours, gérait les inscriptions et assurait la traçabilité. Les experts répondaient lorsque les ressources disponibles ne suffisaient plus. Les frontières n’étaient pas étanches, mais chacun occupait son territoire. L’IA générative perturbe cette organisation parce qu’elle traverse ces différents domaines. Une même interface peut rechercher une information, mobiliser plusieurs sources, en proposer une synthèse, expliquer une notion, adapter son niveau d’explication et accompagner l’utilisateur dans l’exécution d’une tâche. Elle pourra aussi combiner plus largement les connaissances publiques avec les ressources propres à l’entreprise. L’enjeu dépasse donc la concurrence entre ChatGPT et Google. L’accès au savoir, l’assistance au travail et l’apprentissage, jusqu’ici répartis entre plusieurs systèmes et plusieurs acteurs, commencent à converger vers un même point d’entrée. Cette redistribution concerne directement les directions Learning & Skills.
Le LMS n’a pas dit son dernier mot
Cette évolution ne condamne pas pour autant le LMS. Comme nous l’analysions récemment dans Le LMS : invisible à l’avenir, mais toujours indispensable ?, la plateforme peut perdre sa position de porte d’entrée sans perdre sa fonction d’infrastructure. Les LMS sont installés dans les entreprises depuis plus de vingt-cinq ans. Ils sont connectés aux systèmes d’information, intégrés aux processus RH et réglementaires et remplissent des fonctions d’administration, de traçabilité, de certification et de gestion des parcours. Rien ne permet de penser que ces fonctions disparaîtront avec les moteurs d’IA. Leur développement pourrait même renforcer une autre fonction des plateformes : offrir un espace où l’entreprise sait ce qui fait référence. Un service formation peut sélectionner, valider et homologuer les contenus proposés sur son portail. Il peut garantir qu’une ressource correspond aux règles, aux méthodes et aux connaissances reconnues par l’organisation. Cette capacité prend davantage de valeur lorsque le collaborateur peut obtenir en quelques secondes une réponse produite à partir d’un univers informationnel dont il ne maîtrise pas nécessairement les sources. Le sujet n’est donc pas de choisir entre l’IA et le LMS. Il faut redéfinir leur répartition des rôles. L’IA facilite l’accès, le dialogue et la contextualisation. Le LMS et les autres infrastructures internes continuent d’administrer, tracer, certifier et garantir les ressources de référence. Reste à organiser leurs échanges.
Bruxelles a peut-être vu quelque chose avant les entreprises
Dans beaucoup d’entreprises, ChatGPT et les autres IA génératives sont encore considérés principalement comme des outils de productivité. Les questions portent sur les collaborateurs autorisés à les utiliser, les données qu’on peut leur confier, les documents qu’ils peuvent produire ou le temps qu’ils permettent de gagner. La Commission européenne vient de regarder ChatGPT sous un autre angle, celui de sa place dans l’accès à l’information. Pour le Learning & Skills, cette lecture mérite attention. Si les moteurs d’IA deviennent l’un des premiers endroits où les collaborateurs vont chercher ce qu’ils ont besoin de savoir, la responsabilité de la fonction formation ne peut plus s’arrêter aux formations qu’elle produit, achète ou distribue. Elle doit aussi s’intéresser aux conditions d’accès au savoir dans l’entreprise. Quelles sources sont mobilisées ? Quelles connaissances sont homologuées ? Comment distinguer une réponse vraisemblable d’une référence reconnue ? Comment connecter les moteurs d’IA aux savoirs internes ? Quand faut-il renvoyer le collaborateur vers un parcours structuré ou vers un expert ? Pendant vingt-cinq ans, le Learning a principalement organisé une offre de formation. Les moteurs d’IA l’amènent maintenant à prendre en charge une question plus large : l’organisation de l’accès au savoir.
Par la rédaction d’e-learning Letter
Source : Commission européenne — désignation de ChatGPT comme VLOSE au titre du DSA
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