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Google fournit désormais des compétences métier prêtes à l’emploi
Avec Gemini Enterprise for Legal et Gemini Enterprise for Financial Services, Google ne livre plus seulement une technologie à laquelle chacun demandera ce qu’il veut. Une partie des compétences métier est déjà dans la boîte. Recherche juridique, analyse et modification de contrats, suivi réglementaire d’un côté ; recherche financière, exploitation de données et de documents internes, analyse de l’autre. Des tâches sont identifiées, décomposées et transformées en capacités mobilisables par des agents. C’est évidemment tout l’intérêt de l’offre : pourquoi chaque cabinet d’avocats ou établissement financier reconstruirait-il ce que Google peut industrialiser une fois pour tous ? Mais le raisonnement conduit assez vite à une question moins confortable. Lorsque des milliers d’organisations utilisent les mêmes capacités pour accomplir les mêmes tâches, n’introduit-on pas, avec l’outil, une certaine manière de pratiquer le métier ? Le logiciel métier aidait à travailler. L’IA métier commence aussi à embarquer une représentation de ce que travailler veut dire.
La formation connaît déjà la chanson
Le phénomène devrait rappeler quelques souvenirs aux professionnels du Learning. Depuis des années, la formation vit avec l’industrialisation de son propre métier. Le blended learning a favorisé la décomposition des parcours en séquences et modalités combinables. Les LMS ont organisé, distribué et tracé à grande échelle des formations autrefois gérées beaucoup plus artisanalement. Le digital learning a permis de produire une fois pour diffuser mille fois, de mutualiser les ressources, de créer des catalogues, des modèles, des bibliothèques de contenus. Les outils auteurs ont eux aussi progressivement encadré la conception dans des formats et des gabarits. Tout cela a apporté des gains considérables. Tout cela a également fait disparaître une partie du sur-mesure et déplacé certaines compétences. L’IA générative accélère aujourd’hui le mouvement en industrialisant la production de contenus, d’activités, d’évaluations et même de premières architectures pédagogiques. Les nouvelles annonces de Google suggèrent une étape supplémentaire : ce qui est arrivé à certaines composantes du métier de la formation pourrait gagner beaucoup d’autres professions. Après l’industrialisation des contenus et des processus, voici celle de certaines capacités professionnelles elles-mêmes.
Le standard ne fera pourtant jamais tout le métier
Deux cabinets peuvent pratiquer le même droit sans apprécier de la même façon un risque, négocier une clause de la même manière ou conseiller pareillement un client. Deux établissements financiers peuvent utiliser les mêmes données et respecter les mêmes réglementations sans partager les mêmes méthodes d’analyse, critères de décision ou appétence au risque. C’est précisément dans ces écarts que réside une partie de leur expertise — et parfois de leur avantage concurrentiel. La formation connaît là encore le phénomène : deux entreprises utilisant le même LMS et les mêmes outils auteurs n’ont jamais nécessairement produit la même qualité de formation. La technologie standardise ce qu’elle peut standardiser ; la différence revient à ce que l’organisation ajoute. Google prévoit justement que ses agents puissent être enrichis des instructions, données, règles, documents et connaissances propres à chaque organisation. Le problème se déplace alors : encore faut-il que l’entreprise sache ce qui, dans sa manière de travailler, mérite d’être transmis. Une culture métier est facile à invoquer dans une présentation stratégique. Elle est nettement plus difficile à transformer en instructions, règles, exemples et cas limites utilisables par une machine.
Transmettre le métier devient un travail d’équipe
Voilà un territoire où le Learning pourrait avoir quelque chose à apporter. Pas question, évidemment, de demander au responsable formation d’expliquer le droit au juriste ou l’analyse financière au banquier. Le métier reste propriétaire de son expertise. Mais extraire le savoir d’un expert, faire expliciter une pratique tacite, décomposer une compétence, construire des situations représentatives, formaliser des critères de réussite, tester une capacité sur des cas nouveaux et organiser une progression : le vocabulaire commence à devenir familier. Particulariser une IA métier ne sera donc probablement ni une affaire exclusivement technologique, ni une simple opération de paramétrage. Elle nécessitera une alliance entre ceux qui connaissent le métier, ceux qui maîtrisent les agents et ceux qui savent organiser la transmission d’une expertise. Avec une difficulté supplémentaire : ce travail ne sera jamais terminé. Une réglementation change, une pratique évolue, un incident révèle une faiblesse, une meilleure méthode apparaît. Si le savoir-faire de l’entreprise est en partie incorporé dans ses agents, il faudra le maintenir vivant. Après la formation continue des collaborateurs, voici donc poindre, sous une autre forme, la formation continue des outils qui travaillent avec eux.
L’avantage compétitif se déplace
La standardisation n’est finalement pas synonyme d’uniformisation complète. Elle déplace la frontière entre ce qui est disponible pour tous et ce qui appartient encore à chacun. Lorsque toutes les entreprises pourront acheter d’excellentes capacités juridiques ou financières standardisées, posséder ces capacités ne constituera plus en soi un avantage. La différence se concentrera dans ce que chaque organisation saura leur ajouter : ses données, ses méthodes, son expérience accumulée, ses exceptions, ses critères et, au fond, sa culture professionnelle. Le Learning en a déjà fait l’expérience : posséder un LMS, une bibliothèque de contenus ou un outil auteur n’a jamais constitué une stratégie de formation. Il en ira probablement de même avec les IA métier. Le danger n’est donc peut-être pas que Google finisse par posséder votre métier. Il serait plutôt que votre entreprise ne sache plus très bien expliquer ce qui, dans sa manière de l’exercer, lui appartient réellement. Et si elle n’y parvient pas, le standard fera très bien l’affaire.
À lire aussi — Google entre dans les métiers… impact sur la formation ? Les nouvelles offres de Google posent une autre question : lorsque les IA métier prennent en charge des tâches jusque-là confiées aux professionnels, que deviennent les situations par lesquelles les juniors apprenaient leur métier ? Dans un premier article, e-learning Letter analyse cette autre face de la spécialisation de Gemini : ses conséquences sur l’apprentissage par le travail et sur certaines activités des organismes de formation.
Par Michel Diaz
Sources : Google Cloud — Gemini Enterprise for Legal ; Google Cloud — Gemini Enterprise for Financial Services
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