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Le poids de la base installée impose son calendrier
Selon l’étude mondiale State of Learning Technologies 2026 de Scheer IMC, 73,1 % des entreprises interrogées disposent d’un LMS central. Ce chiffre suffit à écarter l’hypothèse d’une disparition rapide des plateformes installées. Les grandes organisations ont investi dans leur paramétrage, leurs connexions avec le SIRH, la migration de leurs contenus, la reprise des historiques et la formation des administrateurs. Elles leur confient surtout des fonctions peu visibles, mais indispensables : inscriptions, habilitations, conformité, traçabilité, certifications, reporting et conservation des preuves. L’IA ne s’introduit donc pas dans un espace vierge. Elle doit composer avec une infrastructure souvent profondément intégrée à l’entreprise. Jusqu’à la fin de la décennie, le scénario dominant devrait être celui du LMS augmenté. Une entreprise conservera sa plateforme si son éditeur lui apporte des services d’IA suffisamment convaincants. Elle pourra aussi profiter d’un renouvellement déjà nécessaire pour choisir un LMS ayant davantage investi dans ces technologies. Peu d’entreprises engageront cependant une migration lourde pour quelques fonctions spectaculaires de génération de contenus ou de recommandation. L’IA accélérera surtout le remplacement des plateformes vieillissantes, mal intégrées ou peu utilisées.
Premier horizon : l’IA augmente le LMS
Cette première étape est déjà engagée. Les éditeurs proposent progressivement la génération de contenus, la traduction, la recherche conversationnelle, les recommandations, les simulations, l’analyse des compétences, l’assistance aux administrateurs ou la production de rapports. Le LMS conserve son architecture et ses fonctions de gestion, tandis que ses services s’enrichissent. Les investissements annoncés montrent toutefois que la demande se déplace : 61,4 % des répondants prévoient d’investir, au cours des douze prochains mois, dans des outils de coaching alimentés par l’IA. Cette priorité ne condamne pas le LMS ; elle oblige les éditeurs à déterminer les services qu’ils intégreront nativement et ceux qu’ils confieront à des partenaires. La qualité d’une plateforme ne se mesurera donc plus seulement à l’étendue de ses fonctions historiques. Elle dépendra aussi de sa capacité à orchestrer des modèles d’IA, des contenus, des données de compétences et des services tiers sans fragmenter davantage l’environnement technologique. Dans cette phase, l’IA consolide paradoxalement le marché des LMS. Elle redonne de la valeur aux plateformes capables de l’exploiter correctement et creuse l’écart avec celles qui se contentent d’ajouter un assistant conversationnel à leur catalogue.
Deuxième horizon : une plateforme repensée autour de l’IA
Entre la fin de la décennie et le début des années 2030, une autre génération de plateformes pourrait prendre forme. Elles ne seront plus simplement des LMS auxquels on aura ajouté des fonctions d’IA. Leur fonctionnement sera conçu autour d’un assistant capable de comprendre une demande, d’identifier son contexte professionnel, de rechercher les ressources utiles et de construire une réponse adaptée. Le catalogue et les parcours prédéfinis ne disparaîtront pas, notamment pour les formations réglementaires ou les programmes structurants. Ils cesseront cependant de constituer l’entrée principale de l’expérience. Ces plateformes « AI native » se distingueront profondément des plateformes « Netflix like » vantées durant la décennie précédente. Ces dernières réorganisaient la présentation et la recommandation d’un catalogue. Une plateforme centrée sur l’IA pourra assembler plusieurs ressources, produire une explication, générer un exercice, simuler une situation professionnelle ou solliciter un expert. Ce deuxième horizon favorisera peut-être de nouveaux entrants, mais aussi les LMS capables de transformer leur architecture et leur modèle de services.
L’intégration impose le temps long
Cette évolution prendra du temps. L’étude indique que 53,3 % des décideurs interrogés considèrent l’intégration effective de l’IA et des nouvelles technologies comme leur principale difficulté. Ce résultat tempère les annonces de rupture immédiate. Déployer un assistant de formation ne consiste pas seulement à lui donner accès à quelques contenus. Il faut sélectionner ses sources, contrôler les droits d’accès, sécuriser les données, vérifier ses réponses, conserver les traces nécessaires et répartir les responsabilités entre les équipes formation, RH, métiers et systèmes d’information. Plus l’IA sera utile, plus elle devra disposer d’un contexte riche : poste occupé, compétences attendues, outils utilisés, historique de formation, objectifs et règles propres à l’entreprise. Or ces informations restent dispersées. Le LMS peut précisément servir de point d’ancrage à leur mise en cohérence. Sa vocation d’infrastructure d’apprentissage prend alors tout son sens : il ne se réduit plus au portail que consulte l’apprenant, mais organise les données, les règles et les échanges nécessaires à la circulation de l’apprentissage.
Troisième horizon : le LMS disparaît de l’écran
Au début des années 2030, dans les entreprises les plus avancées, l’apprentissage pourrait s’affranchir en partie de la plateforme visible. Le collaborateur ne se rendrait plus systématiquement sur un LMS pour chercher une formation. Face à une difficulté dans un CRM, un outil de gestion, une application industrielle ou un environnement collaboratif, il interrogerait directement un assistant. Celui-ci puiserait dans les contenus de formation, la documentation, les données métiers et les connaissances internes pour lui apporter une réponse, proposer une mise en pratique ou déclencher un accompagnement. Les 45,5 % de répondants qui voient dans l’intégration de l’apprentissage aux flux de travail l’une des évolutions les plus structurantes des trois prochaines années signalent déjà ce déplacement. Le LMS risquerait alors de perdre la relation directe avec l’apprenant. Il resterait pourtant nécessaire, en arrière-plan, pour gouverner les accès, administrer les obligations, enregistrer les résultats, certifier les acquis et fournir une vision consolidée. Dans les secteurs réglementés, cette présence demeurera longtemps identifiable ; dans les métiers fortement numérisés, elle pourra s’effacer plus rapidement. L’IA ne supprimerait donc pas l’infrastructure d’apprentissage : elle en absorberait l’interface. Le véritable risque pour le LMS n’est peut-être pas sa disparition, mais sa relégation au rang de back-office administratif. Son avenir dépendra de sa capacité à s’affirmer comme la couche de gouvernance et d’orchestration dont l’apprentissage distribué aura besoin.
Source : State of Learning Technologies 2026, Scheer IMC
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