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On annonce régulièrement la mort du LMS. Pourquoi ce débat revient-il aujourd’hui avec autant de force ?
Sébastien Fraysse : Le débat est souvent mal posé. On confond le « Learning » et le « Management » du LMS. La partie Learning est effectivement bousculée par l’IA conversationnelle, par les outils collaboratifs et par la multiplication des environnements d’apprentissage. En revanche, la partie Management devient plus importante que jamais. Plus les expériences se dispersent, plus les entreprises ont besoin de pilotage, de gouvernance et de cohérence. Le LMS ne disparaît pas ; il se déplace vers un autre rôle.
Élodie Primo : C’est exactement ce que nous observons sur le terrain. Les attentes portent de moins en moins sur la plateforme elle-même et de plus en plus sur la qualité de l’expérience proposée. Les utilisateurs veulent retrouver la simplicité qu’ils connaissent dans leurs outils du quotidien. Le LMS n’est plus nécessairement le point d’entrée visible de la formation, mais il reste indispensable pour organiser et relier l’ensemble du dispositif.
Les expériences d’apprentissage sont-elles réellement en train de sortir du LMS ?
Sébastien Fraysse : Oui, et ce mouvement est déjà largement engagé. Les langues, la bureautique, les simulations ou certaines formations métier s’appuient depuis longtemps sur des environnements spécialisés. Plus les expériences deviennent immersives et contextualisées, plus elles tendent à se rapprocher de l’environnement de travail lui-même. Le LMS cesse progressivement d’être une destination. Lorsqu’un collaborateur rencontre une difficulté, son premier réflexe n’est plus forcément d’ouvrir un catalogue de formation. Il interroge un moteur de recherche, un assistant IA ou un outil directement intégré à son activité.
Élodie Primo : Cette évolution est très visible dans les entreprises. Les collaborateurs apprennent dans Teams, dans des applications métier, dans des outils collaboratifs ou à travers des assistants conversationnels. La question n’est donc plus de tout faire rentrer dans le LMS. La question est de conserver une vision cohérente de ces expériences et de permettre à l’apprenant de passer naturellement de l’une à l’autre.
L’IA conversationnelle change-t-elle la manière d’apprendre ?
Sébastien Fraysse : Probablement plus profondément que toutes les évolutions précédentes. Pendant des années, nous avons conçu des parcours. L’IA introduit une autre logique : la conversation devient elle-même un parcours. L’apprenant n’avance plus dans une succession de modules prédéfinis. Il construit progressivement son cheminement à travers ses questions, ses reformulations et ses explorations. Cela remet au premier plan la capacité à apprendre par soi-même et à piloter son propre développement.
Élodie Primo : L’IA apporte également une personnalisation qui était difficile à obtenir à grande échelle. Un agent peut répondre à une question, proposer une ressource complémentaire, challenger un apprenant ou l’aider à approfondir un sujet. Mais cette efficacité repose sur un élément essentiel : le contexte. Une IA ne devient pas pertinente simplement parce qu’on lui donne accès à des contenus. Elle doit disposer des bonnes sources, comprendre son rôle et adopter le comportement attendu. C’est ce qui explique l’émergence d’agents spécialisés capables d’accompagner un apprenant dans un domaine précis.
Le parcours pédagogique traditionnel est-il en train de disparaître ?
Sébastien Fraysse : Je dirais plutôt qu’il perd son monopole. Le parcours structuré reste pertinent dans de nombreux contextes. Mais il n’est plus l’unique manière d’apprendre. L’IA permet de construire des expériences beaucoup plus dynamiques où les ressources, les activités et les interactions s’adaptent au besoin du moment. Nous passons progressivement d’une logique de séquençage à une logique d’exploration guidée.
Élodie Primo : Cette évolution ne signifie pas la fin de l’ingénierie pédagogique. Certaines situations continueront à nécessiter des parcours formels, notamment lorsqu’il existe des enjeux réglementaires, de conformité ou de certification. L’avenir sera probablement hybride. Les parcours structurés coexisteront avec des dispositifs conversationnels beaucoup plus souples et beaucoup plus adaptatifs.
Pourquoi la data et la traçabilité enrichie redeviennent-elles stratégiques ?
Sébastien Fraysse : Parce que les apprentissages deviennent plus difficiles à observer. Lorsque tout se déroulait dans le LMS, quelques indicateurs suffisaient. Aujourd’hui, les interactions se répartissent entre plateformes, outils métier, assistants IA et applications spécialisées. Il devient indispensable de reconstruire l’histoire d’un apprentissage. C’est précisément ce que permettent des approches comme xAPI et les Learning Record Stores. Pendant plusieurs années, ces technologies ont semblé en avance sur leur marché. Elles retrouvent aujourd’hui toute leur pertinence.
Élodie Primo : Les entreprises cherchent désormais à comprendre beaucoup plus finement ce qui se passe réellement. Elles ne veulent plus seulement savoir si une formation a été terminée. Elles veulent identifier les ressources utilisées, les interactions réalisées, les compétences mobilisées et, à terme, les effets observés sur la performance. La traçabilité enrichie devient un véritable outil de pilotage.
Si le LMS n’est pas mort, à quoi ressemblera-t-il dans cinq ans ?
Sébastien Fraysse : Je le vois comme une couche d’orchestration. Sa valeur ne viendra plus principalement des contenus qu’il héberge mais de sa capacité à relier des expériences, à consolider des données et à donner une vision globale des apprentissages. Plus les expériences se distribuent, plus cette fonction devient importante.
Élodie Primo : J’utiliserais volontiers le même terme. Le paradoxe est que plus les expériences d’apprentissage sortent du LMS, plus celui-ci devient stratégique. Son rôle n’est plus de tout contenir. Son rôle est de tout relier. Il assurera la cohérence entre les contenus, les compétences, les données, les parcours et demain les agents IA. Il sera sans doute moins visible pour l’utilisateur final, mais beaucoup plus important pour l’entreprise.
Pour accéder aux replays de la journée Learning Fest, dont est tirée la conférence en ligne "Le LMS est-il mort ?"
Par la rédaction d'e-learning Letter
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