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Comment avez-vous conçu un dispositif à la fois efficace et sécurisé ?
Virginie Bonnet : Nous sommes partis d’un double impératif : industrialiser la montée en compétences d’équipes dispersées sur tout le territoire sans les sortir durablement de leur activité, tout en garantissant un cadre réglementaire et de sécurité irréprochable. Cela nous a conduits à concevoir un dispositif de bout en bout, pensé comme un parcours et non comme une juxtaposition de modules. La progression est structurée. D’abord la théorie en autonomie, avec du e-learning et un entraînement intensif de type “code” qui permet de consolider les acquis. Ensuite la mise en pratique encadrée en présentiel, où l’on travaille les gestes, les procédures et la préparation de mission. Enfin, la validation sur le terrain, au plus près des situations réelles. Pour sécuriser l’ensemble, nous avons intégré dès la conception l’objectif de certification BAPD — le Brevet d’Aptitude de Pilote de Drone —, formé des formateurs internes certifiés CATS, habilités à former et évaluer selon des standards reconnus dans le domaine du télépilotage, garants des bonnes pratiques, et mis en place une validation formelle des compétences via une grille structurée et des évaluations en situation de travail, dans une logique AFEST.
Qu’apporte l’hybridation — e-learning, présentiel, AFEST, simulation — dans la montée en compétences ?
Virginie Bonnet : L’hybridation permet de couvrir toute la courbe d’apprentissage, et pas seulement l’acquisition de connaissances. Le e-learning gamifié rend accessibles des notions techniques et réglementaires et installe un socle commun solide. La plateforme d’entraînement, qui propose plus de 1 500 questions, joue un rôle clé : elle sécurise la réussite au BAPD en faisant basculer l’apprenant de “je pense avoir compris” à “je suis prêt”. Le présentiel, lui, accélère le passage à l’action. On y travaille les gestes, la préparation de mission, le pilotage en conditions normales et dégradées, avec un feedback immédiat qui permet d’ajuster en temps réel. L’AFEST vient compléter l’ensemble en transformant l’apprentissage en compétence opérationnelle. On ancre les bons réflexes dans le réel, au moment où ils sont utiles, directement sur le terrain. Ce qui est déterminant, c’est la complémentarité : chaque modalité a une fonction précise dans la progression, depuis la compréhension jusqu’à la preuve en situation.
En quoi l’immersion en réalité virtuelle change-t-elle la préparation aux conditions réelles ?
Virginie Bonnet : La réalité virtuelle change la donne parce qu’elle permet d’apprendre par l’expérience, sans exposition au risque. Avec la simulation, fondée sur de la vidéo 360° enrichie, l’apprenant se retrouve dans la peau du télépilote lors d’une inspection. Il observe son environnement, anticipe les situations, prend des décisions, identifie les points de vigilance. Cette immersion rend les situations concrètes et immédiatement compréhensibles. Elle améliore la lecture de l’environnement et développe des réflexes de sécurité, qu’il s’agisse de l’analyse préalable, de la gestion des aléas ou de la posture professionnelle. Avant même d’être en vol réel, l’apprenant a déjà vécu des situations proches du terrain. La réalité virtuelle permet aussi de travailler des cas rares ou sensibles, difficiles à reproduire dans un dispositif classique, tout en restant dans un cadre entièrement maîtrisé.
Comment la validation par certifications et preuves en situation transforme-t-elle la perception de la formation ?
Virginie Bonnet : Aller jusqu’à une certification reconnue, le BAPD, et la compléter par une validation des compétences en situation de travail change profondément le statut de la formation. On quitte la logique du “module à suivre” pour entrer dans celle d’un parcours professionnalisant qui légitime la pratique. L’apprenant sait précisément ce qui est attendu. Il dispose d’une grille d’une trentaine de compétences, avec des niveaux cibles clairement définis. La double évaluation — auto-évaluation et regard de l’accompagnateur —, réalisée via Daylindo, permet de croiser les perceptions et d’objectiver la progression. Le badge numérique, délivré via BCdiploma, apporte une preuve vérifiable. Ce dispositif rend la progression visible, mesurable, reconnue. Surtout, il établit un lien direct entre la formation et la capacité à intervenir en autonomie, dans le respect du cadre légal.
Quels facteurs clés expliquent l’engagement et les performances observées ?
Virginie Bonnet : Les résultats, avec un NPS de 95 — un Net Promoter Score très élevé, mesurant le niveau de recommandation des apprenants —, s’expliquent par la cohérence d’ensemble du dispositif. L’immersion joue un rôle majeur. Les scénarios gamifiés, les mises en situation et la réalité virtuelle placent l’apprenant en position d’acteur. L’utilité terrain est immédiate : la formation répond à un besoin concret, qu’il s’agisse d’inspection, de sécurité ou de réduction des déplacements et des risques. Le parcours est lisible, chaque brique ayant une fonction claire au service de la certification et de la pratique. L’accompagnement par des formateurs internes experts renforce la crédibilité et la qualité des feedbacks. Enfin, l’amélioration continue est permanente. Nous avons enrichi le dispositif avec la plateforme d’entraînement à partir des retours utilisateurs, ajusté certains éléments comme la voix off, testé les usages. La reconnaissance finale, via la certification et le badge, donne une valeur tangible à l’effort fourni et installe durablement la confiance dans le dispositif.
Propos recueillis par la rédaction d'e-learning Letter
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