Compétences : peut-on encore les mesurer objectivement ?
Jérôme Bruet
ceo
procertif
plus de renseignements sur
procertif
Dans beaucoup d’entreprises, la cartographie des compétences repose encore sur des déclarations (forcément subjectives) des managers : « il est bon sur ça », « elle maîtrise ce domaine », « je pense qu’il sait faire ceci ou cela ». Des déclaratifs souvent pris pour argent comptant, alimentant des tableaux Excel, des « people/talent review » ou des rapports internes qui n’ont que peu de valeur opérationnelle.

Il faut l’affirmer sans détour : cette approche est désormais dépassée, risquée et coûteuse. Un changement de paradigme s’impose. Flash-back… Les années 80 et 90 ont été des tournants dans le pilotage du capital financier de l'entreprise avec l'arrivée de logiciels de gestion : ERP/Comptabilité/CRM. Les années 2000 et 2010 ont célébré l'importance du capital humain/talents (LMS/SIRH). Face aux mutations de plus en plus rapides et disruptives du monde du travail, en particulier induites par l'IA, il est grand temps pour les entreprises de gérer leur capital compétences. Encore faut-il le matérialiser avec des preuves tangibles.

Subjectif vs factuel : où en est votre cartographie ?

Lorsque les managers évaluent les compétences de leurs équipes, des biais, des impressions, des jugements personnels s’invitent inévitablement dans l’exercice. Ce qui était censé être un outil stratégique devient un simple registre de perceptions. Pire ? Ces données alimentent souvent les décisions RH majeures : promotions, mobilités, plans de formation. Les décisions fondées sur des perceptions opinions subjectives ne peuvent, par nature, produire des résultats fiables.

Certifier plutôt que déclarer

Pour échapper à cette approche subjective, il est nécessaire d’adopter une véritable approche certificative. Plutôt que de se demander si un collaborateur « semble compétent », posons la seule question qui compte : a-t-il démontré cette compétence de façon observable et mesurable ? C'est précisément ce que permet la micro-certification (micro-credential). Pourtant, à ce jour, moins de 20 % des entreprises mettent en place de véritables preuves de compétences (source : Les chiffres de la micro-certification en France, Procertif). L’usage des micro-certifications ou des certifications oblige à définir des critères précis, des niveaux de maîtrise et des preuves tangibles associées. Cela transforme la formation en un engagement concret : l’entreprise forme, et le collaborateur en apporte la preuve. Dès lors, fournir une cartographie factuelle des compétences disponibles s'avère bien plus utile que tout rapport subjectif. Ce passage de l’évaluation subjective à la certification change radicalement la nature et valeur de la formation : on ne mesure plus le temps passé, mais la compétence réellement acquise. Dans un environnement en mutation rapide, les compétences sont souvent invisibles, implicites ou non valorisées. La micro-certification les rend visibles, traçables et transférables. La gestion des talents en est profondément changée : les compétences deviennent un capital mobilisable, identifiable et exploitable. Elle renforce la performance, la reconnaissance et l’engagement des collaborateurs.

La micro-certification : un coffre-fort de compétences

Les micro-certifications ne sont pas un gadget ou une simple gamification. Elles sont une nouvelle manière de piloter le développement des compétences. Elles sécurisent et valorisent le capital humain des organisations et le savoir-faire réel des collaborateurs généralement invisible. Chaque micro-certification devient traçable, vérifiable et transférable. De plus, elle peut être stockée dans un coffre-fort numérique, partagée, par exemple, sur LinkedIn et utilisée comme preuve tangible de compétences. Ce capital compétences est désormais une monnaie d’échange professionnelle, mesurable et valorisable. Pour atteindre cet objectif, les entreprises doivent s’équiper d’un MCS (Micro-Credential System), autrement dit une plateforme qui viendra en complément des LMS ou SIRH afin d’assurer l’évaluation et la délivrance des preuves de compétences.

Former moins, certifier mieux

Plutôt que de multiplier les modules et d’élargir les catalogues, formons moins… et certifions davantage ! Ce n’est pas une question d’économie, mais de pertinence. La certification focalise les efforts sur l’acquisition réelle de compétences. Elle redonne du sens à la formation, qui cesse d’être une case à cocher. Elle permet aux collaborateurs de reconnaître et de valoriser leurs acquis de manière tangible. Le résultat est immédiat : une cartographie limpide, opérationnelle et exploitable des compétences de l’entreprise, utile pour la mobilité interne, le recrutement et l’allocation des talents. L’ingénierie de formation traditionnelle (harmoniser les programmes, multiplier les modules, sans garantie d’acquisition) n’est alors sans doute plus la voie principale. À l’inverse, l’ingénierie de certification consiste à décentraliser les parcours, formaliser les compétences à valider et à mesurer objectivement les acquis, indépendamment du chemin suivi. C’est cette logique qu’il faut désormais renforcer. La micro-certification est la solution technique et stratégique de cette nouvelle approche des plus prometteuses. En effet, elle permet tout à la fois de factualiser les compétences, de sécuriser les preuves et de valoriser l’expérience réelle des collaborateurs. Autant d'enjeux que la certification prend à bras le corps.

Changement de paradigmatique pour les RH : cartographie des compétences factuelles

En passant d’une stratégie alliant ingénierie de formation (classique ?) traditionnelle et déclarations subjectives à une stratégie de certification fondée sur la certification des compétences opérationnelles, les services RH et équipes formation entrent dans une nouvelle ère. Les entreprises qui adoptent ce paradigme y trouvent le bénéfice considérable d’une cartographie fiable et actionnable des compétences, de collaborateurs plus engagés et de décisions RH éclairées. Elles offrent à leurs managers comme à l’ensemble de leurs collaborateurs des outils pour suivre facilement, via un simple lien unique, une vue précise des savoir-faire métiers sans dépendre d’un logiciel RH complexe. La micro-certification n’est pas une mode ou une tendance. C’est la nouvelle manière de piloter la performance et le capital humain. (Ceux qui s’y refusent continueront à naviguer à vue… avec des tableaux Excel ou un SIRH saturés de subjectivité.) Cela dit, il est important de cartographier des compétences à la condition qu’elles soient uniquement factuelles, mesurables et certifiées. Le reste n’est que fiction !