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Le contenu n’est plus le centre de gravité
Premier point de rupture : la production de contenus. Pendant des années, la formation digitale a vécu sur un modèle de conception long, coûteux, souvent décalé par rapport au rythme réel des métiers. Le webinaire l’a rappelé avec netteté : le problème n’est pas l’absence d’expertise dans l’entreprise, mais la difficulté structurelle à la transformer assez vite en ressources utiles. « Ce n’est pas un problème de volonté, c’est un problème de format », souligne Jérémy Salmon, Sales Director, Docebo. Les experts métier n’ont ni le temps ni l’envie de devenir scénaristes, pédagogues, vidéastes, monteurs ou auteurs de quiz. Leur valeur est ailleurs : dans le savoir, l’expérience et la capacité à interpréter une situation mouvante. Dès lors, continuer à leur imposer des chaînes de production artisanales revient à entretenir un goulot d’étranglement permanent. Ce phénomène dans une histoire longue de la formation : du stage présentiel de plusieurs jours aux capsules de quelques minutes, tout converge vers une réduction drastique du temps d’accès au savoir. « Le commanditaire, c’est souvent un opérationnel qui a des objectifs à court terme », rappelle Michel Diaz, Industry Analyst, Féfaur. Conséquence : la fonction formation n’est plus jugée sur la qualité théorique de ses dispositifs, mais sur sa capacité à suivre le tempo du business (speed to learning speed to business). L’IA vient changer la donne parce qu’elle permet de passer d’une logique de fabrication à une logique d’édition, de curation, d’homologation. Le rôle du concepteur ne disparaît pas ; il se déplace. Il ne produit plus tout, il cadre, valide, met en cohérence, garantit la valeur pédagogique.
De l’accès à la formation à la disparition des frictions
Le deuxième enseignement du webinaire est encore plus décisif. Le problème des plateformes n’est plus seulement d’héberger des contenus ; il est d’éviter à l’apprenant l’effort de les chercher. Longtemps, le LMS a reposé sur une promesse simple : mettre toute l’offre au même endroit. Cette promesse a montré sa limite. Avoir 3 000 contenus disponibles ne sert à rien si le collaborateur n’identifie pas en quelques secondes ce qui lui sera utile ici et maintenant. « Même quand la motivation à apprendre est là, il faut supprimer toute friction qui fait obstable à la formation », explique Jérémy Salmon. La comparaison avec les usages grand public est éclairante. Les salariés vivent déjà dans des environnements qui anticipent, recommandent, filtrent, suggèrent. Ils supportent de moins en moins des espaces de formation qui les obligent à fouiller des catalogues, à quitter leurs outils de travail, à consacrer un temps spécifique à une activité perçue comme extérieure au flux professionnel. Le webinaire a insisté sur cette évolution : la formation utile est celle qui se rapproche du poste de travail, de la tâche, du problème à résoudre, de la trajectoire visée. « Travailler c’est apprendre, apprendre c’est travailler », estime Michel Diaz. Changement de paradigme, donc, car la formation n’est plus un moment séparé, elle devient une fonction embarquée dans l’activité. L’IA invisible joue ici un rôle décisif : elle personnalise, recommande, extrait la bonne réponse d’un corpus validé, ajuste la suggestion au profil, au poste, aux habitudes, voire à la trajectoire de compétences. Ce déplacement redonne une actualité forte au LMS, non plus comme vitrine, mais comme infrastructure robuste, sécurisée, versionnée, capable d’alimenter des interfaces conversationnelles plus fluides.
Le dilemme du département formation : sortir de l’administratif ou s’effacer
C’est le troisième point fort du webinaire. L’IA ne se contente pas de simplifier la création de contenus et la recommandation. Elle remet en cause la définition même de la valeur produite par les équipes L&D. Tant que celles-ci consacrent l’essentiel de leur temps à taguer, inscrire, relancer, consolider des reportings ou produire des tableaux de complétion, elles restent enfermées dans une fonction de support. Or c’est précisément cette couche administrative qui devient automatisable. « L’IA ne va pas remplacer le responsable L&D, mais c’est plutôt le L&D qui utilise l’IA qui remplacera celui qui ne l’utilise pas ! », affirme Jérémy Salmon. La formule frappe juste. Sans nier la violence potentielle du mouvement, elle évite en effet le confort du déni. Le webinaire n’a d’ailleurs pas cédé à l’euphorie naïve. Michel Diaz a ouvert un angle plus dur, rarement assumé dans ce type d’échange : automatiser, c’est aussi fragiliser certains rôles intermédiaires, notamment dans les fonctions tertiaires. La fonction formation n’échappe pas à cette tension. Elle ne pourra conserver sa place qu’en prouvant son utilité sur des enjeux de performance, de compétences, d’anticipation, d’accompagnement du changement. Cela suppose un basculement vers l’analyse, la lecture des signaux faibles, la détection des risques de décrochage, l’alignement avec les besoins métiers, l’animation des communautés, la structuration des trajectoires de développement. En ce sens, l’intégration des compétences et de la « talent marketplace » au sein d’une même plateforme n’est pas un simple enrichissement produit ; c'est tout le sens de l'acquisition récente de 365Talents par Docebo, pour répondre à une attente plus large des entreprises : relier plus étroitement formation, mobilité, employabilité et stratégie.
De l’utilité immédiate de la fonction formation
Le sondage final du webinaire a montré une audience plutôt optimiste, privilégiant l’idée d’une évolution des rôles et de la création de nouveaux métiers plutôt qu’une simple substitution de tâches. Cet optimisme mérite d’être conservé s'il est fondé sur une lucidité complète. Le service formation n’est plus seul. Il est désormais en concurrence avec les usages spontanés des salariés, avec les assistants généralistes, avec des réponses instantanées produites hors de tout cadre interne. Sa légitimité ne tient plus à sa position dans l’organigramme. Elle tient à sa capacité à offrir mieux, plus vite, plus fiable, plus contextualisé. L’IA ne réduit donc pas la fonction formation à un problème d’outillage. Elle lui pose une question beaucoup plus directe : veut-elle continuer d'administrer un stock, ou piloter un système vivant de compétences, d’apprentissage et d’appui au travail ? En 2026, c’est cette réponse-là qui fera la différence.
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