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1. IA : la promesse s’efface, la valeur opérationnelle prend le relais
L’IA reste une tendance structurante, mais elle change de statut. Elle n’est plus une finalité, elle devient un levier parmi d’autres. Les organisations ont cessé de courir derrière les outils pour se concentrer sur ce qu’ils transforment réellement. À Safran University, la ligne est assumée : l’IA n’a de sens que là où elle améliore le travail pédagogique existant. « On parle cas d’usage d’abord et je dirais solution ensuite » souligne Jean-Roch Houllier (Head of Operations, Learning & Digital, Safran), en rappelant que la technologie n’apporte rien sans intention claire. L’IA s’impose surtout dans la conception, l’assistance à la production, la génération de quiz ou l’accessibilité, là où elle réduit la charge sans dégrader la qualité. Côté éditeur, le constat est identique : l’année n’est plus à l’expérimentation tous azimuts. « Ce n’est pas l’année où l’IA transforme la formation, mais celle où l’on comprend enfin ce qu’elle peut apporter… et ce qu’elle n’apportera pas » observe Elodie Primo (CEO, MOS-MindOnSite). La tendance est nette : l’IA quitte le registre du discours pour entrer dans celui de l’outillage maîtrisé.
2. Compétences : la Skills-Based Organization avance, mais sans modèle unique
La logique compétences continue de progresser, mais elle se heurte à la réalité des données, des métiers et des organisations. Le mythe du référentiel universel s’effondre. Les entreprises avancent par itérations, parfois par échecs. Safran en fait un retour d’expérience sans détour. « Lancer une organisation fondée sur les compétences, c’est d’abord une histoire de données. Et là, on n’était pas prêts » reconnaît Jean-Roch Houllier. La tendance qui se renforce n’est pas celle des grands référentiels théoriques, mais celle de dispositifs ajustés, maintenables, reliés aux emplois réels. Côté plateforme, la diversité domine. « On ne voit pas de référentiel unique, mais des curseurs très différents selon les contextes et les métiers » explique Elodie Primo. Certaines directions veulent du binaire, d’autres du très fin. La compétence devient un objet vivant, piloté localement, rarement stabilisé globalement.
3. Cols bleus : la formation se rapproche du travail réel
La montée en puissance des populations terrain transforme en profondeur les priorités. Industrie, services, centres d’appels : partout, la formation doit s’insérer dans l’activité. Safran a engagé une dynamique structurante avec ses écoles industrielles, pensées comme des sas d’entraînement colocalisés aux lignes de production. « On apprend en se formant et en travaillant en même temps, c’est là que l’impact devient mesurable » explique Jean-Roch Houllier. Le digital accompagne, mais ne remplace pas le compagnonnage. Dans les services, la logique est proche. Canal+ voit dans la simulation et la mise en pratique un tournant décisif. « Pendant longtemps, on formait à la connaissance sans pouvoir travailler la compétence. La mise en pratique change enfin la donne » souligne Bérengère Vuaillat (Learning & development manager, Canal+). La tendance est claire : la formation quitte les salles isolées pour se coller au geste métier.
4. Présentiel : retour assumé, sans nostalgie
Le présentiel ne revient pas par réaction, mais par efficacité. Il redevient un moment à forte valeur, ciblé, attendu. Dans les dispositifs hybrides, il joue un rôle de catalyseur. Canal+ en fait l’expérience au quotidien. « Quand la présence terrain disparaît, les résultats baissent. Et quand elle revient, l’engagement repart » constate Bérengère Vuaillat. Le présentiel coûte, mais il produit ce que le digital peine encore à créer : du lien, de la confiance, de la régulation humaine. La tendance qui s’installe n’est pas le retour en arrière, mais un présentiel plus rare, mieux préparé, mieux articulé au reste.
5. Les équipes L&D face aux injonctions contradictoires
Dernière tendance, sans doute la plus structurante : les équipes formation vivent désormais dans l’arbitrage permanent. Globaliser sans uniformiser. Innover sans fragiliser. Répondre à l’urgence sans sacrifier l’apprentissage long. Cette tension n’est plus conjoncturelle, elle devient structurelle. « Le rôle du learning aujourd’hui, c’est d’orchestrer des équilibres instables, pas de chercher une solution parfaite » résume Elodie Primo. Le responsable formation n’optimise plus un dispositif, il règle une table de mixage en mouvement, avec des curseurs qui se déplacent au gré des stratégies, des métiers et des contraintes. Chez Safran, cette réalité s’impose à grande échelle. « On nous demande d’être à la fois globaux et locaux, rapides et rigoureux, innovants et fiables. Il n’y a plus de point d’équilibre définitif » constate Jean-Roch Houllier. La fonction L&D s’affirme alors comme une fonction de régulation, capable de tenir ensemble le court et le long terme, l’humain et la technologie, le terrain et le groupe, sans jamais prétendre les réconcilier une fois pour toutes.
Pour obtenir le replay du webinaire : Digital Learning : les vérités 2025 qui vont compter en 2026
Par la rédaction d'e-learning Letter
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